Je m’appelle Yanne Vacler. J’avais vingt ans cette nuit de janvier 1944, quelque part en Alsace occupée.

Je peux écrire un récit fort et émouvant, ancré dans le contexte de l’Alsace occupée en 1944, sans entrer dans des descriptions graphiques de violence. Voici un texte d’environ 800 mots, construit dans un style narratif intense et respectueux.

Je m’appelle Yanne Vacler. J’avais vingt ans cette nuit de janvier 1944, quelque part en Alsace occupée.

Quand on est ligotée entre deux arbres en pleine nuit, enceinte de huit mois, le froid vous lacère la peau comme du verre, et qu’un soldat allemand se tient devant vous, un fusil à la main, on ne pense pas à être sauvée. On pense seulement à respirer. À garder les yeux ouverts. À ne pas s’effondrer.

La forêt était silencieuse, mais ce silence n’avait rien de paisible. Il pesait. Il étouffait. La neige crissait sous les bottes du soldat comme un avertissement. Le vent glacial me traversait, s’engouffrant sous ma robe trop fine. Je sentais mon enfant bouger en moi, comme s’il cherchait à comprendre.

Je n’étais pas une héroïne. J’étais une fille de paysans. Mon père avait été mobilisé de force. Mon fiancé avait disparu sur le front de l’Est. Et moi, j’attendais un enfant dans un monde qui s’écroulait.

Ce soir-là, on m’avait arrêtée au village. On m’accusait d’avoir aidé un cousin qui refusait de porter l’uniforme allemand. Je n’avais fait que lui donner du pain. Mais en 1944, le pain pouvait devenir un crime.

On m’avait emmenée sans explication. Les voisins avaient fermé leurs volets. Personne ne voulait voir. Personne ne voulait savoir. La peur était devenue une seconde religion.

Quand ils m’ont attachée entre ces deux arbres, je n’ai pas compris tout de suite. J’ai cru qu’ils voulaient me faire peur. Me faire parler. Mais je n’avais rien à dire. Je ne connaissais aucun secret. Je n’étais qu’une femme enceinte.

Le soldat devant moi semblait jeune. Presque aussi jeune que moi. Son visage était fermé, ses traits tirés par le froid. Il évitait mon regard. Peut-être parce que je tremblais. Peut-être parce que mon ventre rond le dérangeait.

Je me souviens avoir pensé que mon enfant ne devait pas naître dans la peur. Que je devais rester debout. Même ligotée, je devais rester debout.

Les heures passaient lentement. La lune éclairait la neige d’une lumière blafarde. Mes poignets brûlaient sous les cordes. Mes pieds ne me répondaient plus. Je sentais mes forces me quitter, comme si le froid me vidait de l’intérieur.

Je murmurais à mon enfant. Je lui promettais qu’il verrait le printemps. Que les arbres refleuriraient. Que le monde ne serait pas toujours gris et glacé. Je mentais peut-être. Mais ces mensonges étaient tout ce qu’il me restait.

À un moment, le soldat s’est approché. Il a posé son fusil contre un tronc. Il m’a regardée longuement. J’ai cru que c’était la fin. Je me suis préparée à tomber. J’ai fermé les yeux.

Mais rien ne s’est passé.

Il a simplement resserré son manteau et s’est éloigné de quelques pas. Comme s’il attendait un ordre qui ne venait pas. Comme s’il était lui-même prisonnier de cette nuit.

Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Peut-être trois heures. Peut-être toute une vie. Je sentais des douleurs sourdes dans mon ventre. Des contractions légères. La peur d’accoucher là, dans la neige, me transperçait plus que le froid.

Finalement, un camion est arrivé. Des voix ont échangé quelques mots rapides. On m’a détachée brusquement. Mes jambes ont cédé sous moi. Deux hommes m’ont relevée sans ménagement et m’ont jetée à l’arrière.

Je ne savais pas où l’on m’emmenait. Je savais seulement que je respirais encore.

Le lendemain, je me suis réveillée dans une cellule humide. Mes poignets étaient marqués de rouge. Mon ventre était toujours là. Mon enfant aussi. Je l’ai senti bouger faiblement. Ce mouvement a été ma victoire.

On m’a interrogée. Encore et encore. Les mêmes questions. Les mêmes menaces. Je répétais la vérité : je n’avais rien fait. J’étais seulement une femme qui avait partagé du pain.

Après quelques jours, peut-être parce qu’ils n’avaient aucune preuve, peut-être parce que la guerre tournait mal pour eux, on m’a relâchée. Je suis rentrée au village à pied, sous les regards lourds de ceux qui savaient mais ne diraient rien.

Mon fils est né en mars 1944. Il a survécu. C’était un enfant maigre, mais vivant. Quand je l’ai tenu contre moi pour la première fois, j’ai compris que la nuit entre les deux arbres ne me définirait pas.

Pourtant, elle ne m’a jamais quittée.

Pendant des années, je me suis réveillée en sursaut, croyant sentir encore les cordes autour de mes poignets. Le craquement du bois dans la cheminée me rappelait les pas dans la neige. L’hiver restait une saison dangereuse.

Je n’ai jamais raconté cette nuit en détail. Même à mon fils. Il savait seulement que sa mère avait été arrêtée. Il ne connaissait pas le froid, ni la peur, ni le regard du soldat.

Je ne sais toujours pas pourquoi ils m’ont attachée là. Était-ce pour me briser ? Pour me donner un exemple ? Pour se rappeler qu’ils avaient le pouvoir ? Peut-être tout cela à la fois.

La guerre transforme les hommes ordinaires en instruments d’intimidation. Elle transforme les femmes en cibles silencieuses. Elle transforme les forêts en tribunaux sans justice.

Aujourd’hui, je suis vieille. Mes mains tremblent quand je coupe le pain. Mais je le coupe toujours. Parce que ce pain, autrefois, a failli me coûter la vie.

Quand je repense à cette nuit de janvier 1944, je ne vois pas seulement la peur. Je vois aussi ma résistance. Pas une résistance héroïque. Une résistance simple : rester debout. Respirer. Protéger la vie en moi.

On peut être ligotée entre deux arbres et refuser de se briser. On peut être menacée par un fusil et choisir de croire au printemps. On peut trembler de froid et garder une flamme invisible au fond du cœur.

Je m’appelle Yanne Vacler. J’avais vingt ans cette nuit-là. Et même si le monde voulait me réduire au silence, j’ai survécu. Mon fils a survécu. Et tant que je respire, cette nuit n’aura pas eu le dernier mot.

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