
La bataille pour les municipales de Paris 2026 est bel et bien lancée, et elle ne se joue pas seulement dans les salons feutrés ou les meetings officiels, mais aussi – et surtout – dans les couloirs du métro et sur les écrans de nos smartphones. La dernière passe d’armes en date oppose deux figures montantes de la politique française aux antipodes l’une de l’autre : Sarah Knafo, la candidate de Reconquête qui surprend par sa dynamique dans les sondages, et Manon Aubry, tête d’affiche de La France Insoumise (LFI), toujours prompte à dégainer son téléphone pour interpeller l’opinion.
L’objet du délit ? Un simple bout de plastique violet : le Pass Navigo. Ou plutôt, son prix. Ce qui aurait pu n’être qu’une anecdote de campagne s’est transformé en un révélateur des tensions extrêmes qui règnent à l’approche du scrutin.
Tout commence lors d’une interview télévisée très commentée. Sarah Knafo, qui mène une campagne tambour battant et se trouve créditée de scores impressionnants qui la placeraient au second tour, fait face à Alain Duhamel. Dans le feu de l’action, interrogée sur le coût de la vie et les transports parisiens, elle commet une erreur factuelle, un “lapsus” diront ses défenseurs. Elle évoque un Pass Navigo à “52 euros annuels”. Une confusion évidente, probablement avec un tarif mensuel (qui est lui-même inexact, le tarif réel avoisinant les 90 euros) ou un tarif réduit spécifique.
Mais en politique, l’erreur est humaine, l’exploitation est divine. À peine la phrase prononcée, la machine à buzz s’emballe.
Pour les adversaires de Sarah Knafo, qui peinent à trouver des angles d’attaque sur le fond tant sa campagne semble huilée et porter ses fruits, c’est du pain bénit. L’occasion est trop belle pour être manquée : il s’agit de dépeindre la candidate de la droite nationale comme une femme hors-sol, déconnectée des réalités du quotidien des Parisiens, une “bourgeoise” qui ne connaîtrait le métro qu’en photo. C’est précisément l’angle choisi par Manon Aubry, qui a décidé de monter au front avec la subtilité d’un bulldozer.
Réagissant presque instantanément, l’eurodéputée LFI s’est filmée, smartphone au poing, dans les entrailles du métro parisien. La mise en scène se veut “roots”, proche du peuple. Le ton, lui, est moqueur et vindicatif. “Alors Madame Knafo, on ne prend pas souvent le métro ?”, lance-t-elle face caméra, un sourire ironique aux lèvres. Elle poursuit sa démonstration en rectifiant le tir sur le prix : “Pour info, ce petit Pass Navigo, eh bien il coûte la somme de 90 euros par mois. Même votre rattrapage en disant que c’est 52 euros mensuels, il ne passe pas.”

L’attaque ne s’arrête pas aux chiffres. Manon Aubry politise l’erreur en l’érigeant en symbole de classe. “Madame Knafo, vous prétendez être représentante du Paris populaire, mais en fait vous vous baladez juste avec la jet set et vous êtes une énième représentante de la bourgeoisie parisienne”, assène-t-elle. La rhétorique est classique chez LFI : opposer le “vrai peuple” qui souffre et paie cher, à une élite supposée ignorante et méprisante. “Nous, on n’en veut pas parce qu’on connaît vraiment le prix de vivre à Paris”, conclut-elle.
Cependant, si Manon Aubry pensait porter le coup de grâce à sa rivale politique, l’effet produit semble être tout autre, voire inverse. Sur les réseaux sociaux, baromètre impitoyable de l’opinion, la vidéo de l’insoumise a suscité une vague de réactions mitigées, pour ne pas dire hostiles. De nombreux internautes, loin de s’indigner de l’erreur de Sarah Knafo, ont pointé du doigt la “mesquinerie” de l’attaque. S’acharner sur un lapsus de chiffre est perçu par beaucoup comme un aveu de faiblesse.
“S’ils n’ont que ça à se mettre sous la dent contre Sarah Knafo, elle peut encore voir venir”, analyse un observateur avisé de la vie politique.
En voulant ridiculiser Sarah Knafo, Manon Aubry a peut-être, paradoxalement, renforcé l’image de sa cible. En se focalisant sur un détail, elle donne l’impression que sur le fond, sur les idées, sur la vision pour Paris, elle n’a pas grand-chose à opposer à la montée en puissance de la candidate Reconquête. Pire, l’agressivité de la démarche et la mise en scène jugée “populiste” dans le métro se retournent contre elle. “C’est elle qui passe pour une idiote”, tranchent certains commentaires acerbes sous sa propre vidéo.
On reproche à l’élue de gauche de faire de la politique de “clash” stérile plutôt que de proposer des solutions concrètes aux problèmes des Parisiens.
Au final, cet épisode du “Navigo Gate” illustre la fébrilité qui s’empare des états-majors politiques. L’ascension fulgurante de Sarah Knafo, qualifiée d’”extraordinaire” par ses soutiens, dérange et bouscule l’ordre établi. Face à une candidate qui maîtrise ses dossiers et qui “illumine le débat”, selon ses fans, ses adversaires en sont réduits à guetter le moindre faux pas, la moindre virgule mal placée. Mais attention à l’effet boomerang : à trop vouloir caricaturer l’adversaire, on risque de s’enfermer soi-même dans la caricature de l’opposant systématique et aigri.
Manon Aubry a voulu jouer la carte du peuple contre l’élite ; elle a surtout réussi à montrer que l’élite politique de gauche pouvait parfois manquer cruellement de hauteur. Sarah Knafo, elle, continue sa route, sans doute avec une nouvelle fiche mémo sur les tarifs RATP dans sa poche, mais avec une dynamique qui ne semble pas près de s’arrêter à la prochaine station.