Il est des figures du paysage audiovisuel français qui, quelles que soient les époques et les modes, refusent obstinément de se laisser lisser par le temps. Patrick Sébastien est de cette trempe-là. Animateur vedette, chansonnier populaire, roi de la fête et provocateur invétéré, celui qui a fait tourner les serviettes de millions de Français pendant des décennies n’a jamais eu la langue dans sa poche.

Et ce n’est certainement pas aujourd’hui, alors que son étoile a quelque peu pâli au firmament de la télévision, qu’il compte commencer à se taire.Récemment invité sur le plateau de BFM-TV, l’ancien patron du “Plus Grand Cabaret du Monde” a offert aux téléspectateurs une séquence d’une tension rare, rappelant à tous que sous le masque du pitre se cache un homme à fleur de peau, prêt à bondir à la moindre injustice.
L’atmosphère était pourtant celle, feutrée et polie, des interviews d’actualité. Mais avec Patrick Sébastien, l’électricité n’est jamais loin. Depuis quelque temps, l’homme se fait plus rare à la télévision, ou du moins, il n’y occupe plus la place centrale qui fut la sienne durant les années 90 et 2000. Considéré par certains comme “passé de mode”, voire carrément “has been”, il n’apparaît plus désormais qu’en tant qu’invité, distillant ses avis tranchés sur l’actualité comme on le ferait lors d’un repas de famille animé.
On le décrit souvent comme cet oncle un peu bruyant, parfois gênant, mais toujours sincère, capable du meilleur comme du pire. Ce jour-là, face à la journaliste de la chaîne d’information en continu, c’est le pire qui semblait guetter, ou du moins, une confrontation directe et sans filtre dont il a le secret.

Tout est parti d’une question, ou plutôt d’une affirmation malheureuse de la présentatrice. Voulant sans doute revenir sur les nombreuses controverses qui ont émaillé la carrière de l’artiste, elle a lancé avec assurance : « En 1995, vous aviez appelé Jean-Marie Le Pen à chanter sur scène.
Vous vous souvenez de cette polémique ? ». La phrase, lourde de sous-entendus, a eu l’effet d’une allumette jetée dans un baril de poudre. Patrick Sébastien, dont on connaît le tempérament sanguin, s’est figé. Son regard, soudain noir, s’est planté dans celui de son interlocutrice. Il n’a pas crié tout de suite.
Il a d’abord usé de cette ironie mordante qui est sa marque de fabrique. « Répète ce que tu viens de dire parce que ça, ça m’amuse. J’avais appelé Jean-Marie Le Pen ? », a-t-il rétorqué, d’une voix calme mais terriblement menaçante.
Sentant le sol se dérober sous ses pieds, la journaliste a tenté un rétropédalage d’urgence, bafouillant des excuses : « Pardon, je me suis mal exprimée ». Mais pour Patrick Sébastien, le mal était fait. Il ne s’agissait pas d’une simple maladresse verbale, mais d’une déformation de la vérité historique, d’une tache sur son honneur d’artiste.
Alors, il a explosé. Tapant littéralement du poing sur la table, il a coupé court aux justifications pour asséner sa vérité : « Là, tu viens de dire une bêtise ». La phrase a claqué comme un coup de fouet dans le studio silencieux.L’animateur, furax, a tenu à remettre les pendules à l’heure, avec la véhémence de ceux qui se sentent injustement attaqués.
« C’est archi-faux », a-t-il martelé. Il a alors expliqué, avec force détails, la réalité de cette séquence de 1995 que la mémoire collective, ou du moins celle de certains journalistes, semblait avoir déformée. Non, il n’avait pas invité le leader du Front National à chanter avec lui par adhésion ou par amitié politique. Il avait fait une caricature. Une imitation. Il s’était glissé dans la peau du personnage pour en souligner les travers, chantant un titre provocateur intitulé “On va casser du Noir”.
« C’est-à-dire que j’exagérais ce qu’il était », a-t-il précisé, visiblement ulcéré qu’on puisse confondre le satiriste et son sujet. Il a rappelé combien on lui était “rentré dedans” à l’époque pour cette audace, et voir cette histoire réécrite trente ans plus tard comme un acte de soutien a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Cette colère, aussi spectaculaire soit-elle, n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte particulier pour Patrick Sébastien, celui d’une fin de carrière houleuse où les polémiques s’enchaînent. L’homme se sent incompris, malmené par une époque qui ne tolère plus ses excès ni son style “franchouillard”. Il y a eu, bien sûr, ses prises de position récentes, parfois en faveur des agriculteurs en colère, montrant qu’il garde un lien fort avec la France rurale et laborieuse. Mais il y a aussi eu les dérapages.
On se souvient de ses passes d’armes mémorables, notamment avec Léa Salamé sur le plateau d’« On n’est pas couché », où il s’était défendu avec virulence contre des accusations de misogynie. Plus récemment, il a été épinglé pour des commentaires jugés transphobes, des propos “limite-limite” qui lui ont valu d’être taxé de “boomer” déconnecté des réalités actuelles.
Et puis, il y a eu l’affaire de 2025. Une polémique encore fraîche dans les esprits, qui a placé Patrick Sébastien dans une “panade” médiatique dont il se serait bien passé. Lors d’un concert, fidèle à sa réputation de bête de scène incontrôlable, il s’est livré à une simulation de fellation en plein show.
La scène, captée par les smartphones et diffusée massivement sur les réseaux sociaux, montrait une femme agrippée à sa taille, tandis qu’il secouait le bassin de manière suggestive.Danseuse ? Spectatrice ? L’histoire est restée floue, mais le “pipe-gate” a fait les choux gras de la presse à scandale. Pour beaucoup, c’était l’acte de trop, la preuve qu’il était devenu un “has been” prêt à tout pour faire parler de lui, quitte à sombrer dans la vulgarité.
C’est donc un Patrick Sébastien à fleur de peau, blessé par ces attaques incessantes et conscient de son statut précaire, qui s’est présenté sur BFM-TV. Il n’était pas là pour faire de la figuration, mais pour défendre ce qu’il reste de son image. Celle d’un chansonnier populaire, héritier d’une tradition festive qui va des campings du Cap d’Agde aux soirées étudiantes, en passant par les fêtes du rugby.
Ses chansons, de “Tourner les serviettes” aux “Sardines” (popularisées à outrance par son ami Cyril Hanouna), continuent de résonner partout en France, preuve qu’il existe un public fidèle qui se moque des critiques de l’intelligentsia parisienne. Mais à la télévision, le vent a tourné. Les codes ont changé, et Patrick Sébastien semble parfois lutter contre des moulins à vent, refusant d’admettre que le monde a évolué sans lui.
Le recadrage de la journaliste n’est donc pas qu’un simple clash de télévision. C’est le cri d’un homme qui refuse qu’on réécrive son histoire. En tapant du poing sur la table, Patrick Sébastien a voulu marquer son territoire, rappeler qu’il est encore là, vivant, et qu’il ne laissera personne dire “une bêtise” sur son compte sans réagir. C’était du Patrick Sébastien pur jus : excessif, brutal, mais indéniablement authentique.
Une séquence qui restera dans les annales des bêtisiers, mais qui témoigne aussi de la difficulté pour les idoles d’hier de trouver leur place dans le monde médiatique d’aujourd’hui, impitoyable et prompt à juger. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, on ne peut lui enlever cette force de caractère : il ne faut pas énerver le Patoche, sous peine de se prendre un retour de bâton aussi cinglant qu’immédiat.