Ça me fait mal d’ouvrir la bouche : voici pourquoi les soldats allemands épargnaient les prisonniers homosexuels

En 1900, un médecin toulousain, le Dr Jacques Renard, reçoit un patient inhabituel. L’homme avait soixante ans.  Il souffrait de douleurs chroniques à la mâchoire qui le tourmentaient depuis plus de 30 ans.  Des douleurs qu’il avait appris à endurer, à ignorer, à cacher. Mais avec l’âge, c’est devenu insupportable. Dr.

Renard examina la mâchoire du patient. Ce qu’il a découvert le laisse perplexe. L’articulation temporo-mandibulaire. L’articulation qui permet à la bouche de s’ouvrir et de se fermer présentait d’anciennes lésions, des cicatrices internes et des déformations osseuses, comme si quelqu’un avait délibérément endommagé cette articulation il y a des décennies. “Qu’est-ce qui t’est arrivé?”  demanda le docteur. Le patient a longtemps hésité, puis a dit quelque chose d’étrange : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas, et même si vous me croyez, vous ne comprendrez pas pourquoi ils ont fait cela.  Le médecin a insisté.

Finalement, le patient parla. Ce qu’il a dit ce jour-là a été consigné dans les notes du Dr Renard. Des notes qui sont restées dans un tiroir pendant vingt ans jusqu’à ce qu’un historien les découvre en 1998 et commence à enquêter. Car ce patient n’était pas un cas isolé. En fouillant les archives médicales à travers la France, l’historien, chercheur nommé Philippe Morel, a découvert 23 cas similaires.

23 hommes, tous survivants des camps nazis, tous portant le triangle rose, tous avec les mêmes blessures inexplicables à la mâchoire.   Ils racontaient tous la même histoire, une histoire de douleur, une histoire de silence forcé et une histoire de survie. Une survie qui n’aurait pas dû être possible. Parce que ces hommes auraient dû mourir selon toutes les statistiques, selon tous les témoignages.

Les prisonniers homosexuels avaient le taux de mortalité le plus élevé dans les camps nazis, encore plus élevé que celui des prisonniers politiques. 60 d’entre eux n’ont pas survécu. Mais ces 23 hommes avaient survécu, tous sans exception.  Pour ça ?  La réponse réside dans une phrase que chacun d’eux a prononcée lorsqu’on lui a demandé de raconter son histoire.  Ça fait mal d’ouvrir la bouche.

Ce n’était pas une métaphore.  Ce n’était pas une façon poétique de dire qu’il ne voulait pas parler.  C’était littéral, physique, réel.  Ils avaient mal en ouvrant la bouche parce que quelqu’un dans un camp de concentration leur avait fait quelque chose à la mâchoire. quelque chose de délibéré, quelque chose de spécifique, quelque chose qui les avait marqués à vie.

Et c’était précisément cela qui les avait sauvés. C’est l’histoire d’un de ces 23 hommes.  Un homme qui a accepté de témoigner devant une caméra pour la première fois en 1998.  Un homme qui a fini par expliquer pourquoi les soldats allemands l’avaient épargné. Et à quel prix ?  Il s’appelait Marcel du Bois.  C’est ce qui lui est arrivé au camp de Nome en 1943.

Marcel Dubois a 24 ans lorsqu’il est arrêté à Nant en mars 1943. Il est commis dans une librairie, un métier modeste mais qui lui plaît.Livresc’était sa passion.  Pourrait passer des heures à lire et à conseillerlivresaux clients, discutant de littérature. Marcel était également homosexuel. En France occupée, c’était dangereux.

Livres et littérature

Mais Marcel était prudent.  Il ne sortait avec personne, il ne prenait aucun risque.  Il vivait seul, travaillait seul et gardait son secret enfoui au plus profond de lui. Mais quelqu’un le savait.  Peut-être un collègue de la librairie ou un voisin attentif. Marcel n’a jamais su qui l’avait dénoncé. La Gestapo est venue le chercher un soir de mars.

Ils l’ont emmené au quartier général local, l’ont interrogé pendant une semaine puis l’ont transféré en Allemagne. En avril 1943, Marcel arrive au camp de Ningam près de Hambour, un camp de travaux forcés où des milliers de prisonniers meurent chaque mois dans des briqueteries et des usines d’armement. Dès son arrivée, Marcel a reçu l’uniforme rayé et le triangle rose.

Il a été affecté dans les quartiers réservés aux homosexuels, séparés du reste du camp.  Les premiers jours ont été un enfer. Travailler à la briqueterie était épuisant.  Les rations étaient insuffisantes. Les gardiens étaient brutaux, notamment envers les triangles roses, considérés comme les prisonniers les plus méprisables. Marcel se rend vite compte qu’il ne survivra pas longtemps.

Il a vu des hommes mourir chaque jour d’épuisement, de faim, de coups et de désespoir. Trois semaines après son arrivée, quelque chose d’étrange s’est produit. Un matin, au lieu d’être envoyé au fourneau, Marcel fut emmené avec une dizaine d’autres prisonniers marqués d’un triangle rose dans un bâtiment éloigné du camp. un bâtiment que les autres prisonniers appelaient Casa Schweigen, la maison du silence.

Personne ne savait exactement ce qui se passait dans ce bâtiment. Les prisonniers qui y entraient n’en parlaient jamais, littéralement jamais. Il revint changé, silencieux et refusa de répondre aux questions. Ce jour-là, Marcel découvrirait pourquoi le bâtiment était petit, propre, presque aseptique. A l’intérieur, une salle d’attente avec des chaises en bois, des affiches aux murs, des schémas anatomiques de la mâchoire et du crâne.

Un homme en blouse blanche attendait les prisonniers. Il avait une cinquantaine d’années, était chauve et portait d’épaisses lunettes. Il ressemblait à un médecin, et c’était effectivement le cas.  «Je suis Doctor Auto Brand», dit-il en allemand.  « Vous avez été sélectionné pour un programme spécial, un programme qui pourrait vous sauver la vie. » Les prisonniers échangèrent des regards nerveux.

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