Dans les hauteurs glaciales de l’Everest, où l’air se raréfie et la survie devient un défi surhumain, repose une figure tragique surnommée la « Belle au Bois Dormant ». Cette appellation, empreinte d’une ironie cruelle, désigne Francys Arsentiev, une alpiniste américaine dont l’histoire résonne comme un cri d’alerte sur les dangers impitoyables de la montagne. En 1998, Francys, accompagnée de son mari Sergei, s’est lancée dans une ascension périlleuse vers le sommet, rêvant de devenir la première femme américaine à conquérir l’Everest sans oxygène supplémentaire. Mais ce rêve s’est transformé en cauchemar, gravant son nom dans l’histoire comme un symbole de la fragilité humaine face à la nature.

Leur ascension, initialement prometteuse, a été marquée par des conditions extrêmes. À plus de 8 000 mètres, dans la « zone de la mort », chaque pas est une lutte contre l’épuisement, le froid mordant et le manque d’oxygène. Francys, épuisée, a commencé à montrer des signes de faiblesse. Sergei, son mari, a tenté de la soutenir, mais les éléments étaient contre eux. Après avoir atteint le sommet, leur descente a viré au désastre. Francys, victime d’hypothermie et d’épuisement, s’est effondrée, incapable de continuer. Sergei, dans une tentative désespérée de chercher de l’aide, est parti seul, mais il ne reviendra jamais. Son corps fut retrouvé plus tard, témoignant de son sacrifice ultime.
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Francys, laissée seule dans la neige, est devenue une vision tragique pour les alpinistes passant par cet itinéraire. Certains l’ont vue, à peine consciente, murmurant des appels à l’aide, son corps enveloppé dans un sac de couchage violet, figé dans une posture presque sereine, d’où son surnom de « Belle au Bois Dormant ». Mais aucun conte de fées ne pouvait la sauver. Les conditions extrêmes et les ressources limitées des autres grimpeurs rendaient tout secours impossible. La dure réalité de l’Everest impose des choix déchirants : sauver une vie au risque de la sienne est un luxe que peu peuvent se permettre.

Pendant des années, le corps de Francys est resté visible, un rappel glaçant des dangers de l’Everest. Ce n’est qu’en 2007 qu’une expédition, émue par son histoire, a entrepris de lui offrir une forme de repos. Ils ont déplacé son corps hors de la vue des grimpeurs, dans un endroit plus discret, un geste d’humanité dans un lieu où la survie prime sur la compassion. L’histoire de Francys Arsentiev transcende la simple tragédie personnelle. Elle incarne les limites de l’ambition humaine et la brutalité de la montagne, où même les âmes les plus courageuses peuvent être réduites à des ombres gelées. Son surnom, poétique et douloureux, continue de hanter ceux qui s’aventurent dans ces hauteurs, rappelant que l’Everest ne pardonne pas. Chaque année, des alpinistes risquent tout pour atteindre son sommet, mais l’histoire de la « Belle au Bois Dormant » reste un avertissement : la montagne, indifférente, réclame parfois plus qu’elle ne donne.