Au cœur des hauts plateaux éthiopiens, une découverte archéologique bouleverse la vision que nous avions de l’histoire ancienne de la Corne de l’Afrique. Dans une vallée isolée de la région de Harlaa, des chercheurs ont mis au jour les vestiges d’une cité monumentale que les habitants appellent depuis des siècles la « ville des géants ». L’expression, longtemps considérée comme une simple légende, semble aujourd’hui cacher un fond de vérité bien plus fascinant que prévu.

Les premières fouilles, entamées il y a quelques mois, ont révélé des structures massives taillées dans la pierre, des édifices publics aux dimensions impressionnantes et un système d’urbanisation avancé pour son époque. Les archéologues ont daté les premières constructions à plus de mille ans, ce qui fait de cette cité l’un des plus anciens centres urbains connus dans cette région. Des outils, des céramiques et des bijoux finement ouvragés témoignent d’un savoir-faire artisanal remarquable.
Ce qui frappe le plus les chercheurs, c’est la taille inhabituelle des blocs utilisés pour les constructions. Certains mesurent plus de trois mètres de long et pèsent plusieurs tonnes, soulevant la question des moyens techniques employés pour les déplacer et les assembler. C’est sans doute cette démesure qui a nourri, au fil des siècles, les récits populaires sur des bâtisseurs géants. Les habitants racontaient que ces colosses vivaient autrefois parmi les hommes, enseignant l’art de la pierre avant de disparaître mystérieusement.
Mais les récentes analyses tendent à prouver que ces « géants » n’étaient autres que des peuples ingénieux, dotés d’une organisation sociale complexe. Les fouilles ont révélé des traces de marchés, de lieux de culte et de routes commerciales. La diversité des objets retrouvés – perles venues de la mer Rouge, poteries d’inspiration asiatique, fragments de tissus rares – laisse penser que la cité faisait partie d’un vaste réseau d’échanges reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
Pour les archéologues, cette découverte constitue une véritable « fraîcheur » dans la compréhension de l’histoire humaine. Elle met en lumière une Éthiopie cosmopolite et dynamique bien avant l’époque moderne, loin de l’image isolée que l’on s’en faisait souvent. Le professeur Amanuel Gebre, responsable du projet, affirme que cette cité « pourrait réécrire une partie des origines du commerce africain et des premiers réseaux culturels afro-asiatiques ».
La « ville des géants » fascine autant qu’elle interroge. Les fouilles se poursuivent et chaque nouvelle strate de terre semble livrer une page supplémentaire d’un récit oublié. Si la légende des géants ne repose pas sur une réalité biologique, elle conserve néanmoins une part de vérité symbolique : celle d’un peuple dont la grandeur intellectuelle et technique a traversé les âges.
L’Éthiopie, berceau de l’humanité, n’a peut-être pas fini de révéler ses secrets. Dans la poussière de Harlaa, les archéologues ne déterrent pas seulement des pierres, mais la mémoire d’un monde où l’ingéniosité humaine prenait déjà des proportions titanesques.